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FAQ sur les réseaux sociaux académiques

Depuis plusieurs années, différents réseaux sociaux académiques sont apparus. Les plus connus d’entre eux sont ResearchGate, Academia.edu et MyScienceWork.

Cette foire aux questions à pour but d'apporter un éclairage sur la nature, le fonctionnement, la position face à l'Open Access et les éventuels risques liés à l'usage de ces plateformes.

N'hésitez pas à contacter l'équipe des bibliothèques ULg afin de nous faire part de vos autres questions ou de vos expériences en la matière.

Le tour du sujet en quelques questions

1. Est-ce que ResearchGate, Academia.edu, MyScienceWork, etc. sont des archives ouvertes ou des plateformes Open Access ?

Non. Ces plateformes sont des sites de réseautage et de communication dans le domaine scientifique, communément appelés « réseaux sociaux académiques/scientifiques », mais ne sont en aucun cas des archives ouvertes ou des plateformes Open Access. Il s’agit de sites web fermés, accessibles sur inscription uniquement (pour ResearchGate, un mail institutionnel est d’ailleurs obligatoire). Ils s’apparentent davantage à des « Facebook » de la recherche ou à des outils comme LinkedIn qu’à des archives ouvertes.

L’ajout des listes de publications et du texte intégral est l’une des options de ces plateformes parmi d’autres. Cependant, le dépôt de publications scientifiques sur ces sites ne garantit ni une diffusion large et Open Access, ni la pérennité de ces documents, contrairement au dépôt sur les archives ouvertes. Au contraire,  ces plateformes ne diffusent et ne partagent pas leurs données avec d'autres outils, il y a uniquement un référencement sur les moteurs de recherche de type Google et Bing.

2. Puis-je légalement déposer le texte intégral de mes publications sur ResearchGate, Academia.edu, MyScienceWork, etc.?

Légalement, vous n’avez pas plus le droit de déposer vos textes intégraux sur ces plateformes que vous ne pouvez le faire sur n’importe quel autre site web.

Les réseaux sociaux académiques n’étant pas des plateformes Open Access, les autorisations de dépôt que les éditeurs fournissent spécifiquement pour les archives ouvertes ou les répertoires institutionnels ne s’appliquent pas nécessairement à ces plateformes. Dans tous les cas, le dépôt des textes intégraux des publications et la vérification de la légalité de cette diffusion restent sous la responsabilité de l’auteur/déposant.  

Il convient de vérifier systématiquement si la politique de l’éditeur ou de la revue autorise explicitement le dépôt en ligne sur ces plateformes, même si les documents ne sont pas rendus librement accessibles à tous et restent uniquement accessibles aux usagers inscrits.

La loi belge contient une exception au droit d’auteur permettant de diffuser des publications dans un cadre limité à l’enseignement et la recherche. Il est donc possible de déposer des fichiers en accès restreint sur des répertoires institutionnels (comme ORBi) qui rentrent bien dans ce cadre. Par contre, ResearchGate, Academia.edu et MyScienceWork. n’étant pas des répertoires institutionnels ni des plateformes liées à des institutions d’enseignement et de recherche, l’exception à la loi belge sur le droit d’auteur ne s’applique pas à ces derniers.

En 2013 L’éditeur Elsevier a sommé Academia.edu de retirer de son interface 2,800 textes intégraux, pour violation au droit de diffusion. Academia n’a pas contesté l’accusation et a immédiatement retiré tous les textes concernés.

A tout moment donc, un éditeur peut faire valoir ses droits auprès de ces plateformes et exiger le retrait immédiat de vos textes intégraux. Il pourrait aussi entamer d’autres actions à l’égard de ces plateformes et de vous-même en tant qu’auteur/déposant.

Une solution simple et facile pour profiter de ces réseaux de chercheurs sans prendre de risque est de se contenter d’y déposer les liens vers vos références déjà présentes sur un répertoire institutionnel ou toute autre archive ouverte.

3. Quelles différences par rapport aux plateformes Open Access ?

Les réseaux sociaux académiques donnent la possibilité de créer des liens entre les communautés scientifiques, des échanges, d’établir des réseaux de communication et de connexions entre chercheurs.

Les archives ouvertes ont pour mission la diffusion des publications, leur conservation pérenne, la centralisation des résultats de la recherche scientifique et la promotion de l’Open Access, soutenu par les institutions d’enseignement et de recherche.

  • Les archives ouvertes diffusent le plus largement possibles les publications des chercheurs; que ce soit via d’autres plateformes Open Access, des moteurs de recherche, généralistes ou spécialisés, des plateformes spécialisées, etc.
  • Les réseaux sociaux se soucient avant toute chose d’alimenter leur base de données et d'établir des réseaux de connexions entre personnes, plutôt que d’étendre la diffusion des publications déposées par les chercheurs. C’est pourquoi ils ne partagent pas leurs données.

La pérennité des données sur ces réseaux académiques n’est en rien garantie. D’un jour à l’autre, ces sociétés peuvent faire faillite, être revendues à d’autres acteurs, changer leur business model, ou même être attaquées par les éditeurs leur imposant un retrait en masses des contenus…

4. Pourquoi ces plateformes trouvent-elles automatiquement mes publications lors de mon inscription ?

Ces plateformes récupèrent les données de vos publications déposées dans des archives ouvertes comme ORBi, PubMed, HAL, arXiv.org, Zenodo, ou encore publiés directement en Open Access.

C’est donc notamment parce que certaines de vos publications sont dans des archives ouvertes et déjà diffusées sur le web qu’elles se retrouvent aussi sur ces réseaux scientifiques. Si vos publications ne sont pas déjà accessibles en ligne, il vous faut les ajouter manuellement ou par import, mais elles n’apparaitront pas d’elles-mêmes dans les réseaux sociaux académique sans être déjà référencées ailleurs.

Si les références sont facilement récupérables sur le web, les textes intégraux doivent quant à eux être déposés par les auteurs. Il arrive que ces plateformes récupèrent et diffusent automatiquement les textes intégraux des publications lorsque ceux-ci sont rendus disponibles par les plateformes sources ou sont sous licence de type Creative Commons.

ORBi n’autorise que la récupération des références bibliographiques par ces réseaux sociaux et ne donne pas le droit de diffuser massivement le texte intégral sur d’autres plateformes sans autorisation des auteurs.

Déposer vos publications sur ORBi vous permet donc, si vous le souhaitez, de les voir apparaître aussi sur ResearchGate, Academia… mais pas l’inverse.

Pour éviter de faire le travail de dépôt plusieurs fois, vous avez intérêt à d’abord déposer vos publications sur une archive ouverte puis à mentionner le lien sur les réseaux académiques.

5. Quel est le business model de ces plateformes et qui les gère/possède?

Dans tous les cas, il s’agit de sociétés commerciales (même si tous les services proposés ne sont pas payants)  et non d’institutions de recherche ou d’enseignement, ni de cercles scientifiques ou d’éditeurs. 

ResearchGate, Academia.edu et MyScienceWork ont tous bénéficié de levées de fonds de plusieurs millions de $ ou d’euros, provenant d’investisseurs privés. Si les créateurs de ces plateformes sont connus, l’identité des sociétés qui les financent et les gèrent est relativement floue, et leurs réels intérêts (financiers ou philosophiques) complètement inconnus.

Il est très peu vraisemblable que ces compagnies continuent à lever des fonds et à offrir leurs services par pure philanthropie sans modifier leur modèle économique. Au contraire, celles-ci chercheront d’une manière ou d’une autre à  faire un retour sur investissement. Cependant, nous ne disposons à l’heure actuelle d’aucune information sur leur stratégie commerciale sous-jacente.

Nombreux sont ceux qui craignent que l’objectif réel de ces plateformes ne soit, une fois une taille critique atteinte, de se faire racheter par des sociétés commerciales, comme de grands éditeurs par exemple, en leur apportant ainsi une énorme plus value, très vendable concernant les réseaux de chercheurs. D’autres craignent que, une fois l’habitude prises par les chercheurs, les services actuellement gratuits ne deviennent payants sans qu’ils soit réellement possible d’y échapper.

On peut également s’interroger sur le bien-fondé de laisser un intermédiaire commercial prendre en charge la diffusion et la conservation des publications scientifiques sans que son business model ne soit clair et transparent et que la pérennité ou la protection des données ne soit garantie.

Normalement, l’extension .edu pour les sites web est réservée aux institutions d’enseignement (education). Cependant, Academia.edu a enregistré son nom de domaine avant que ces restrictions dans l’usage des extensions ne soient appliquées. Cela amène une confusion faisant faussement apparaître Academia.edu comme un site lié à des institutions d’enseignement.

Informations sur les sociétés

ResearchgGate  https://www.researchgate.net

Administrators: Dr. Ijad Madisch, Dr. Sören Hofmayer
ResearchGate GmbH, Administrators: Dr. Ijad Madisch, Dr. Sören Hofmayer
Register: HR Hannover B 202837, VAT-ID: DE258434568
Siège social : Berlin, Allemagne.
Contact: Tel: +49 (0) 30 2000-51001 - https://www.researchgate.net/contact

MyScienceWork, Limited company  https://www.mysciencework.com/page/terms-conditions

Technical Director: Virginie Simon, Administrator of MyScienceWork.
Registered under number B168488
Siège social: 35a, avenue John F. Kennedy L-1855 Luxembourg .  
Capital: € 31,000.00
Contact: contact@mysciencework.com.

Academia: Academia, Inc.  https://www.academia.edu/about
Siège social: San Francisco (Californie).
Capital: 17.7 millions $.
Contact: feedback@academia.edu

6. Que valent les metrics et statistiques sur ces plateformes ?

Il faut toujours être prudent concernant les statistiques de téléchargement et de visualisation mirobolantes affichées par certains sites web. Beaucoup n’effectuent aucun filtre de ces données, ce qui signifie que les chiffres d’activités ne représentent pas toujours les accès effectués par des personnes mais ceux fait par des machines (bots, crawler, spider etc…) qui fouillent en permanence des milliards de pages web.

Sur ORBi, seuls les accès/téléchargements effectués par des individus sont considérés. Les accès des dizaines de milliers de robots des moteurs de recherche (crawlers) sont éliminés. Si de nouveaux robots sont détectés, les statistiques sont corrigées et remises à jour.

On estime que seulement 1/3 du total des accès proviennent de personnes réelles, les 2/3 restant proviennent de machines automatisées, et doivent donc être éliminés.

En 2012, ResearchGate a introduit un indice bibliométrique qui lui est propre : le RG score. Selon ResearchGates cet indice a pour but de définir la position d’un chercheur au sein de la communauté scientifique sur base de la manière dont les recherches de cet auteur sont appréciées par ses collègues.

On en connaît certains éléments: l’activité sur ResearchGates, le nombre de questions/réponses traitées sur la plateforme, le nombre de téléchargements des fichiers et de visualisations du profil, ainsi que les facteurs d’impact des journaux.

Cependant, ResearchGates ne donne aucune information précise sur la manière dont est calculé le RG score et refuse d’expliquer ou de détailler son algorithme. Il a donc été qualifié de "non-transparent et non-reproductible". Il a également été noté que le calcul a changé au fil du temps, mais sans précisions sur les modifications apportées.

Si on peut déjà s’interroger sur l’intérêt de prendre en compte un impact de popularité d’un chercheur, le mélange des données qui est fait pour le calcul du RG Score ne lui donne aucune crédibilité ni valeur scientifique.

Pour mesurer l'impact de la recherche à l'extérieur du milieu académique, il est préférable de se tourner vers des outils comme les altmetrics. Cet indice n’est pas lié à une plateforme spécifique ou à la popularité d’un chercheur, mais au contraire rassemble des données de différents outils, mondialement et avec une répartition visible et transparente sur le partage qui est fait des publications scientifiques.

7. Qu’en est-il de la sécurité, de la protection et de la conservation de mes données personnelles ou de mes publications ?

Chacune de ces plateformes présente des conditions d’utilisation particulières quant au cadre légal, à la propriété des données encodées sur le site ou l’usage qui en est/sera fait.

Dans tous les cas, le dépôt des textes intégraux des publications et la vérification de la légalité de cette diffusion reste sous la responsabilité de l’auteur/déposant.

Suivant les cas, les chercheurs ont la possibilité de supprimer certaines données, ou d’en demander le retrait quand la suppression directe n’est pas permise. Ces plateformes peuvent néanmoins se réserver le droit, sous certaines conditions, de refuser les demandes de retrait et de conserver le texte intégral ou d’autres informations dans leurs bases de données.

Ces sites n’offrent pas (ou peu) de fonctions d’export des données permettant de récupérer les informations des publications pour les ré-importer sur d’autres outils ou plateformes. Ils prennent donc les données, mais ne permettent pas de les partager ou de les récupérer.

8. Qui peut s’inscrire sur ces plateformes ? A quel public est-ce destiné ?

Elles visent principalement les chercheurs, académiques et étudiants.

Seul ResearchGate demande un email institutionnel pour l’inscription, il permet également un lien avec l’identifiant ORCID. Sur les autres plateformes, l’inscription est libre et s’effectue sans contrôle d’identité. Les auteurs sont invités à remplir leur profil, institution, expérience, cv, liste de publications, etc.  mais il est également possible de s’enregistrer en tant que chercheur indépendant. Ces données ne sont pas obligatoires et ne font l’objet d’aucune vérification.

N’importe qui peut se réclamer être l’auteur d’une publication sans que sa véritable identité ne soit vérifiée. Les risques d’abus ou d’usurpation d’identité sont donc bel et bien réels.

L’inscription est souvent nécessaire afin d’accéder à certaines publications. Il faut cependant savoir que cela peut mener à la création automatique d’un profil.

Pour Académia.edu, si l’inscription se fait via un compte Facebook ou Google+, un profil sera automatiquement créé avec photos et intérêts/disciplines basés sur les informations récupérées à partir des profils Facebook ou Google+.

Si vous vous êtes déjà connecté pour accéder à un document, il est possible que vous possédiez un profil sur ces plateformes sans avoir jamais rempli vous-même des données vous concernant.

ResearchGate et Academia.edu sont également connus pour envoyer des mails automatiques d’invitation en utilisant le nom de membres inscrits, mais sans que ceux-ci soient avertis de l’envoi de ces messages à leurs collègues/contacts/relations. Beaucoup considèrent cette usurpation d’identité comme étant problématique.

9. Les Fonds de la recherche (F.R.S.-FNRS, Europe - Horizon2020) exigent le dépôt des publications qu’ils financent sur des archives ouvertes. Est-ce que le dépôt sur ces réseaux sociaux académiques remplit ces conditions ?

Non. De plus en plus de fonds de la recherche scientifique exigent que les publications issues de recherches qu’ils financent soient déposées dans des archives ouvertes (Cf. Politique de l’UE et du F.R.S.-FNRS). Or, les réseaux scientifiques ne sont pas des plateformes Open Access et le dépôt des publications sur ces outils ne permet pas de répondre aux obligations des organismes de financement. Les publications doivent être déposées sur des archives ouvertes ou répertoires institutionnels tels que ORBi, PubMed, HAL, Zenodo, etc. …

 

Si vous avez d’autres questions ou souhaitez partager votre expérience sur le sujet, n’hésitez pas à nous contacter.

 

En savoir plus - bibliographie

Benech, C., “Academia.edu : le réseau social scientifique préféré des SHS“, 12 avril 2013. [En ligne]

Benech, C., “Protection et propriété des données sur Academia.edu et ResearchGate" , 14 mars 2014. [En ligne]

Bouchard. A., “Pour une utilisation critique des réseaux académiques, 14 février 2014. [En ligne]

Contat, O. “Réseaux sociaux pour les chercheurs – A lire ou à relire, 18 novembre 2013 [En ligne]

Tellier-Becquart, N., “Academia.edu et ResearchGate : quelles conditions d’utilisation?, 25 mars 2014. [En ligne]

Fortney, K. and Gonder, J. “A social networking site is not an open access repository, 1 décembre 2015 [En ligne]

Kraker, P. & Lex, E.: "A Critical Look at the ResearchGate Score as a Measure of Scientific Reputation", 26 mai 2015 [En ligne] 10.5281/zenodo.35401  

Jordan, K: "Exploring the ResearchGate score as an academic metric: Reflections and implications for practice", 22 juin 2015 [En ligne]